Contexte
La société France Télécom SA, privatisée depuis 2003 est en train de subir l’une des plus graves restructurations industrielles des deux dernières décennies. 22 000 suppressions d’emplois sont réparties sur trois ans, 10 000 mobilités géographiques ou professionnelles sont programmées dans le même laps de temps : c’est un salarié sur trois qui est ou sera directement impacté et certainement, pour obtenir ce résultat, plus des deux tiers du personnel qui seront affectés, « interpelés » ou menacés par leur management direct.

Autre particularité de ce plan social qui concerne les 20 comités d’entreprise au sein de FTSA : il ne fait l’objet d’aucune négociation tant sur le plan national que sur le plan local. La direction de l’entreprise prétexte la promesse de l’absence de plans de licenciements « secs » pour se désengager de toutes ses obligations de concertation et d’accompagnement des personnels qui vivent aujourd’hui, comme norme quotidienne, les pressions à la démission négociée ou non, et les mutations forcées.

Bilan du 1er questionnaire : 3234 réponses

Dans un tel contexte, deux organisations syndicales, la CFE-CGC et SUD* ont pris l’initiative en juin dernier de constituer l’Observatoire du Stress et de la Mobilité Forcée dans France Télécom afin de mieux appréhender la violence faite aux personnels, d’apporter une assistance aux salariés les plus touchés ou les plus isolés, de faire connaître à l’opinion publique, notamment par les médias, la situation extraordinaire du droit commun qui existe dans cette grande entreprise, privatisée depuis très peu de temps mais où l’État français reste le 1er actionnaire ave 27% du capital et le 1er employeur (les fonctionnaires constituent 70% de l’effectif).

Comme 1ère initiative, l ’Observatoire a lancé le 20 juin un questionnaire en ligne dont l’intégralité des réponses est disponible sur notre site. La seule réplique de l’entreprise fut le lendemain de bloquer l’accès à ce questionnaire à partir de l’ensemble du système de communication Intranet propre au groupe. Malgré cette censure d’un autre âge qui empêchait les salariés d’accéder au questionnaire à partir de leur ordinateur de bureau, 3234 salariés de France Télécom ont répondu du 20 juin au 1er septembre à ce questionnaire comportant une cinquantaine d’items.

Ce sondage volontaire est-il significatif de l’état de l’opinion des salariés de France Télécom ?
La question se pose légitimement. Trois arguments nous autorisent à y répondre positivement :
Tout d’abord, le grand nombre de répondants : plus de trois mille personnes ont pris le temps de répondre à ce questionnaire très complet
Ensuite, nous avons noté tout au long de l’été, une grande constance des réponses sur les principaux sujets et certaines de celles-ci (opinion sur les syndicats par exemple) indiquent qu’il ne s’agit pas de réponses « militantes ».
Enfin, la première partie du questionnaire était destinée à qualifier la sociologie du public sondé. Qu’il s’agisse de la moyenne d’âge, de l’origine géographique, des niveaux de qualification ou de métiers, de l’ancienneté, du statut (fonctionnaire, cadre ou non-cadre), l’échantillon des 3 000 personnes correspond parfaitement aux grandes découpes sociologiques de l’entreprise FTSA. Le bilan social 2006 de FTSA le confirme.
* Cette proposition reste évidemment ouverte à l’ensemble des autres organisations syndicales. L’association qui est constituée accueillera autant les adhésions individuelles de salariés que celles de personnes morales (syndicats, CE, CHSCT, associations diverses…)


Principaux résultats
Quelles sont les grandes leçons de ce 1er questionnaire ?

  1. Pour les personnels, fortement attachés à leur entreprise (71% Question 8), France Télécom va mal (pour 72% des réponses, Question 9). Pour 80% des personnes interrogées : « mon emploi se dégrade ou est directement menacé » (question 12).
  2. 66% des personnes interrogées se déclarent en situation de stress (question 29), 15% se vivent en situation de détresse (question 30).
  3. Dans ce contexte de très forte inquiétude, les trois quarts des salariés expriment une vive défiance vis-à-vis de leur hiérarchie, directe ou indirecte (questions 13,14, 18,19 et 34).
  4. Il faut noter que cette profonde défiance affecte également les organisations syndicales ou les institutions représentatives du personnel : seuls 14% des salariés sondés font confiance aux Comités d’Entreprise et aux délégués de personnels pour protéger leur emploi et 17% créditent favorablement les organisations syndicales sur le même sujet (question 20 et 21).

Si l’on entre plus dans le détail des réponses, on constate que les salariés jugent positivement l’état de leur entreprise pour son dynamisme commercial (49% de réponses positives question 10), l’évolution de son chiffre d’affaire (63,4%), ses performances boursières (49,6%), mais 68% des personnes estiment que la qualité de service se dégrade, 81% estiment que FTSA ne cherche pas à satisfaire ses salariés et 70% des personnes ayant répondu jugent que France Télécom ne répond plus aux exigences du service public (alors que 78% du personnel se déclarent très attachés à une « culture du service public » – question 15).

Sur l’emploi, 76% des sondés s’attendent à de fortes réductions d’emplois contre 10% de faibles réductions. Plus grave, à la question « votre emploi (personnel) est-il menacé ? » : 80,8% des personnes répondent « oui » avec la répartition suivante (réponses non cumulables question 13)
– faible dégradation de mon emploi : 9,4%
– forte dégradation : 30,2%
– menace : 27,7%
– suppression : 13,4

Seuls, 6% du personnel anticipent une amélioration faible ou sensible de leur situation personnelle.

Une personne sur deux ne se sent pas pleinement employée (Question 40). 45% se déclarent placardisés ! (Question 41)

37,2% des personnes ayant répondu au questionnaire estiment qu’elles seront contraintes de partir de France Télécom. 10% pensent qu’elles le feront volontairement (Question 17). 48% ont envisagé de quitter l’entreprise dans les douze derniers mois (Question 37) ; 36,7% l’envisagent aujourd’hui (Question 38).

Pourquoi ?
62% connaissent déjà des cas de fermetures de sites ou de services, 30,6% des pressions au départ (Question 35).

93% des personnes interrogées connaissent des cas de stress autour d’eux (Question 26), 60% des cas de détresse (Question 27), 87% ont déjà personnellement vécu l’une de ces deux situations (Question 28), 66,4% se déclarent aujourd’hui stressés (question 29), 15% s’estiment en détresse (Question 30)…

Pour 60% des personnes ayant répondu, la situation actuelle a des conséquences défavorables sur leur environnement familial, pour 80%, cela affecte négativement leur vision de l’avenir (Question 31).

L’encadrement est sévèrement jugé : relations avec le « N+1 »qualifiées de médiocres, mauvaises ou exécrables pour 41% des cas, à 60% des cas pour le « N+2 » (question 34). 9O% des sondés ne font pas confiance à la direction générale pour gérer la question de l’emploi ou des restructurations. (Question 18). 63,4% n’ont pas non plus confiance dans les syndicats (question 21)…


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