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Le constat du niveau d’éco-anxiété en France pousse à nous interroger collectivement au sein de l’entreprise sur le sujet.

Il pose la question de l’accompagnement des salariés concernés, et plus généralement du sens que l’on peut donner à son travail en étant affecté de cette éco-anxiété.

L’émergence du sujet dans le monde du travail est à prendre en compte dans un milieu professionnel qui peut devenir un terrain de discussion, voire de confrontation, impactant cohésion des équipes et sens au travail.

Le Document d’Enregistrement Universel, rédigé annuellement par Orange pour répondre aux obligations réglementaires, ne mentionne pas les risques psychologiques afférents. Pas plus que dans les documents obligatoires annuels sur la santé sécurité et conditions de travail des salariés Orange.

1. Porter un regard lucide sur l’état de la planète n’est pas un acte militant

La conscience de la dégradation environnementale a explosé dans toutes les strates de la société. Elle s’accompagne d’un sentiment d’impuissance individuelle face à l’immensité des défis systémiques.

Ce malaise porte un nom : l’éco-anxiété. À la différence de la « solastalgie », ce regret mélancolique d’un environnement passé et déjà dégradé, l’éco-anxiété est une détresse résolument tournée vers l’avenir. Elle se manifeste par une anxiété sourde, alimentée par les menaces qui pèsent sur la planète et par la conviction de ne pas pouvoir agir.

Ce n’est pas une pathologie mentale, c’est une réaction normale à une situation anormale.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) définit ce phénomène comme un « sentiment d’impuissance face aux problématiques environnementales contemporaines ».

Un facteur d’inégalité sociale majeur s’ajoute à ce diagnostic : si 90 % des citoyens affirment vouloir agir, 37 % d’entre eux expliquent que leur capacité d’engagement est directement freinée par un manque de moyens financiers.

2. Le chiffre choc : 25 % de la population française présente des symptômes de stress, voire bien d’avantage

Les résultats de l’étude de l’ADEME publiée en mars 2025 montrent que l’inquiétude est documentée et massive :

  • 10,5 millions de Français (soit 25 % de la population) présentent des risques de stress pathologique liés à l’éco-anxiété,
  • pour 10 % de ces personnes, cette détresse n’est plus seulement une inquiétude, mais une menace directe pour leur santé mentale.

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source : ADEME, mars 2025

L’analyse de l’ADEME précise la nature des populations concernées :

  • L’Ile-de-France est la région la plus impactée (6 habitants sur 10).
  • Les femmes affichent un niveau d’anxiété légèrement supérieur, les hommes sont plus exposés au risque psychopathologique.
  • Les25-34 ans sont les plus touchés, suivis par les 15-24 ans. La génération des 50-64 ans affiche également des niveaux d’anxiété élevés, signe d’une prise de conscience intergénérationnelle.

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3. Le paradoxe de l’entreprise : écarter le problème ou en faire un levier de robustesse et de sens au travail ?

25 % de la population française présente statistiquement des symptômes d’éco-anxiété. Pourtant, ils font souvent face à un silence de la part des employeurs.

Comment travailler sereinement pour une organisation qui ne prend pas suffisamment en compte la menace que vous percevez comme vitale ?

L’exemple d’Orange montre que les risques psychologiques pour les salariés ne sont actuellement pas mesurés. Plus troublant encore, les médecins du travail ont constaté une disparition totale du sujet dans les échanges avec les salariés depuis 2024, alors qu’il était fréquemment abordé jusqu’en 2023.

Traiter l’éco-anxiété comme une simple névrose personnelle est une erreur.

C’est une question de sens au travail et de robustesse globale de l’environnement de travail.

4. De l’éco-anxiété à l’éco-lucidité : vers une action collective

De plus en plus de salariés nous parlent de leurs inquiétudes.

La CFE-CGC Orange demande que l’employeur prenne la mesure des enjeux pour l’ensemble du personnel du Groupe, et s’attache à quantifier le nombre d’éco-anxieux et l’intensité de cette détresse psychologique.

Nous serons particulièrement vigilants pour que l’employeur ne cède pas à la tentation de délocaliser les problèmes vers chaque salarié et de traiter à priori l’éco-anxiété comme une névrose individuelle sans rapport avec le travail.

Au-delà de cette première étape de quantification du risque, nous nous employons à obtenir les actions suivantes :

  • sensibiliser l’ensemble du personnel Orange à l’éco-anxiété (4e proposition de l’étude de l’ADEME en 2025),
  • former les services de santé au travail et les managers à identifier les signes d’éco anxiété chez les collaborateurs,
  • inscrire l’éco-anxiété dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels comme un risque psychosocial à part entière,
  • formuler des plans d’action pour réduire ces risques (PAPRIPACT), demander des bilans à la suite de la mise en œuvre de ces plans d’action (bilan HSCT annuel),
  • évaluer le risque d’éco-anxiété à l’occasion des analyses d’impact humain pour tous les projets d’évolution des offres de produits et services, les projets d’introduction de nouveaux outils ou méthodes de travail, les projets immobiliers et les projets de réorganisation,
  • questionner l’éco-sensibilité dans la prochaine enquête triennale sur la prévention du stress (2027),
  • obtenir l’ajout d’éléments factuels sur l’éco-anxiété dans la communication d’Orange auprès de ses clients et de ses actionnaires.

L’éco-anxiété n’est pas une fatalité, c’est un signal d’alarme.

Elle témoigne d’une lucidité qui, si elle est accompagnée et transformée en action collective, peut devenir un moteur de transition.

L’ambition portée par les experts de l’ADEME est de passer d’une société de salariés anxieux à un monde professionnel « éco-satisfait », où l’action concrète redonne du sens et de la dignité à l’engagement quotidien.

Au sein de nos collectifs, il est nécessaire d’accorder une place à ces inquiétudes pour en faire un levier de changement motivant.


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