Scanner 500px

Un peu d’histoire…

En Angleterre, dès 1913, les entreprises doivent assurer à leur personnel la possibilité de prendre leurs repas dans des conditions satisfaisantes. En France, cette obligation est précisée en 1960 : lorsqu’au moins 25 salarié-e-s en font la demande, l’employeur doit installer un réfectoire dans l’entreprise. Dans les entreprises de moins de 25 salarié-e-s, il doit simplement mettre à disposition un local adapté à la prise des repas (rappelons que pour des raisons d’hygiène et de sécurité, il est interdit de manger dans les locaux où l’on travaille). Toutes les entreprises ne disposant pas des espaces nécessaires, le « Titre Restaurant » (TR) permet de proposer une compensation aux salarié-e-s.

L’ordonnance n° 67.830 du 27 septembre 1967 et ses décrets d’application confèrent au titre restaurant le caractère d’un avantage auquel sont associées des exonérations sociales et fiscales bénéficiant tant aux salarié-e-s qu’aux employeurs, et font du titre restaurant un véritable titre de paiement.

Depuis mars 2014, les titres restaurants peuvent être dématérialisés (carte à puce, application mobile avec paiement sans contact), ce qui facilite la gestion pour tous les acteurs, tout en limitant la fraude. Cette dématérialisation sera obligatoire en 2020.

Que dit la loi ?

Les titres sont attribués uniquement au personnel salarié, stagiaire ou intérimaire employé dans l’entreprise utilisatrice (à l’exception des mandataires sociaux), et ne peuvent être utilisés que par la personne qui en est bénéficiaire, selon les règles suivantes :

  • 1 titre attribué par jour travaillé (pour un repas compris dans l’horaire de travail journalier) ;
  • permettant de payer, dans la limite de 19 € par jour, tout ou partie d’un repas dans un restaurant ou un commerce alimentaire ;
  • utilisable uniquement les jours ouvrables (sauf pour les personnels travaillant les dimanches et jours fériés, auquel cas les titres portent une mention spécifique) ;
  • il est interdit aux commerçants de rendre la monnaie sur les TR.

L’employeur détermine librement le montant de la valeur faciale du titre, et prend en charge entre 50 et 60 % de sa valeur, le reste étant payé par le ou la salarié-e. Mais pour être exonérée de cotisation sociale, la contribution patronale est limitée à un montant précis réévalué chaque année : 5,43 € par titre en 2018, pour un ticket à 9,05 €, et une contribution salarié-e de 3,62 € (montants appliqués chez Orange). Cette exonération interdit le cumul d’un titre restaurant avec le remboursement d’une note de frais ou une invitation par l’employeur, un fournisseur ou un client pour le même repas.

Et chez Orange ?

Seuls celles et ceux qui ne disposent pas d’un restaurant d’entreprise à moins de 15 mn de leur lieu de travail ou dont les horaires décalés ne leur permettent pas de manger à la cantine peuvent bénéficier du titre restaurant.

La valeur des titres est calculée chaque année pour permettre à l’employeur de bénéficier à plein des exonérations de charges sociales.

Moins de fraude? Que nenni !

Pour respecter la loi, les titres restaurant doivent être nominatifs. Cependant, en 2017, 90 000 titres non nominatifs ont été distribués (soit près de 810 000 € en valeur faciale). Par qui ont-ils été utilisés ? On a surpris des managers payant avec ces titres des repas d’équipe censés être financés par le budget de l’entreprise et non celui des ASC. Ou les distribuant en tant que prime. Tous les doutes sont donc permis.

Parmi les 25 000 bénéficiaires déclaré-e-s chez Orange, 20 000 utilisent réellement leurs titres restaurant. Que deviennent les autres ? Selon le pôle restauration « les gens les rendent » (sic !). Nous n’avons encore croisé aucun collègue qui l’ait fait ; nous menons l’enquête ! Enfin, l’attribution de titres restaurant n’est pas suivie dans le SI. Tout bénéficiaire de TR peut donc recevoir une double subvention en allant déjeuner à la cantine. Ou disposer d’un titre restaurant pour des repas remboursés sur note de frais.

Des TR pour les télétravailleurs : oui SI…

Selon le Code du travail, les télétravailleurs et télétravailleuses bénéficient des mêmes droits individuels et collectifs que leurs collègues exerçant dans les locaux de l’entreprise. Si ces derniers bénéficient des titres restaurant, les télétravailleurs et télétravailleuses y sont éligibles, lorsque leur journée est organisée en deux vacations entrecoupées d’une pause repas, et sous réserve que toutes les obligations qui s’appliquent à leur utilisation soient respectées. A défaut, le redressement est à craindre, pour l’employeur et pour le ou la salarié-e.

Système d’Information insuffisant

Distribuer des titres restaurant aux collègues en télétravail impose
donc de disposer d’un Système d’Information (SI) qui permette :

  • d’identifier tous les personnels concernés ;
  • de connaître le nombre de jours effectifs de télétravail (l’accord sur le télétravail impose au moins 2 jours / semaine dans les locaux de l’entreprise, et le télétravail occasionnel fait l’objet d’un accord managérial ponctuel), et de tracer les repas pris dans un restaurant d’entreprise avec subvention ou remboursés sur note de frais, pour respecter les règles de non cumul.

Ces infos sont indispensables pour éviter tout redressement fiscal et provisionner les montants nécessaires sans mettre en péril l’équilibre du budget restauration. Il faut aussi dématérialiser les titres, seul moyen pour maîtriser une gestion pratique conforme aux règles sans faire crouler les managers sous l’administratif.

Les CE doivent voter les résolutions permettant la distribution des titres restaurant aux télétravailleurs et télétravailleuses de leur établissement : les élu-e-s doivent impérativement s’engager en connaissance de cause. Malheureusement, les informations nécessaires au respect de la loi et aux prévisions budgétaires ne sont pas disponibles dans le SI d’Orange. Encore une errance technique dans la « 1ère entreprise digitale de France » ?

Actuellement, les seuls personnels en télétravail recevant des TR sont dans les établissements SCE & OFS dont le CE est piloté par la CFE-CGC, uniquement lorsqu’ils sont rattachés à un site sans RIE à proximité, où tous leurs collègues disposent aussi de TR. Dans ce cas, ils renoncent à la subvention RIE, ce qui est tracé dans leur carte multiservices, évacuant tout cumul de subvention.

Extrait de la Lettre Comprendre & Agir « spécial restauration » – T3 2018


Articles complémentaires

  1. Les résolutions et vie du CSEE juin 2026 Résolution sur les aides financières :   Cette résolution permet aux salariés d’utiliser la totalité ou partiellement leur tableau magique pour obtenir une aide financière exceptionnelle. Les dossiers doivent obligatoirement être gérés par l’assistante sociale. Cette résolution, déjà appliquée par le bureau, vient simplement poser un cadre formel sans changer l’esprit ni imposer une nouvelle orientation. […]
  2. CSEE extraordinaire : CSEE extraordinaire : Bilan comptable 2025, rapport de gestion et d’activité (consultation) Bilan comptable 2025 : une gestion saluée par notre expert-comptable Le cabinet comptable RYDGE a présenté aux élus le bilan 2025 du CSEE. Cette revue a permis d’examiner l’ensemble des mouvements financiers de l’année : bilan actif/passif, évolution des produits et charges, dépenses des ASC, budget de fonctionnement (AEP) et synthèse des activités. Le principal […]
  3. Essentiel du CSE DORM du 25 juin 2026 Ce jeudi 25 juin a été une journée particulièrement chargée avec trois réunions du CSEE. La première séance était dédiée à l’approbation des comptes 2025, présentés par l’expert‑comptable, le trésorier et la secrétaire‑adjointe. La deuxième, le CSEE ordinaire, a porté sur deux sujets majeurs : Un point d’avancement sur le futur siège de la DORM, […]
  4. Revalorisation des QF 2027 sur la base des NAO Orange 2026 Les élus du CSEC Orange, réunis en séance le 10 juin 2026, décident, sur proposition de la Commission ASC, de revaloriser les tranches de QF selon les grilles ci-dessous pour l’année 2027 (avec une revalorisation équivalente au taux directeur de la NAO 2026 soit 2 %). Analyse de la CFE-CGC Les élus CFE CGC Orange constate […]
  5. Essentiel CSEC N° 60 et 61 – Juin 2026 Les points à l’ordre du jour des CSEC 60 et 61 de juin étaient les suivants : Cession de Globecast Holding : quel avenir et quelles garanties pour les salariés ? Orange Gardens – Châtillon : réaménagement du site, quels impacts concrets pour les équipes ? Plan de départs à SCE : où en est […]

À la Une

Merci : Rejet à 63,31% de l’accord QVCT par référendum

  • CFE-CGC Orange

La CFE-CGC se félicite du désaveu cinglant infligé à la Direction et à la CFDT par les personnels d’Orange. La Direction a proposé un accord QVCT (Qualité de Vie et Conditions de Travail) de 70 pages, inconsistant. La quantité ne se substituant jamais à la qualité. Ironie suprême, même l’IA interne « Dinootoo » l’analyse comme de […]