Le dividende restera à 1,40 €

Nous sommes de plus en plus nombreux à nous inquiéter de l’absence de changement en matière de politique financière.

Fin juillet, lors de la présentation des résultats du S1, la Direction s’est à nouveau engagée à verser un dividende de 1,40 € par action de 2010 à 2012 inclus, soit près de 11 mil-liards d’euros sur 3 ans. Ou encore 45% du cash flow organique, sur lequel l’objectif de 8 milliards d’euros est maintenu, pour 2010 et 2011.

Selon la Direction, il s’agit de rassurer les investisseurs, qui le mériteraient autant que les personnels . En outre, un acompte de 0,60 € sur les dividendes de 2010 (1,5 milliards) a été versé dès le 2 septembre , entrainant un surcout annuel de 75 millions de frais financiers.

 

Effets négatifs en perspective

Nous dénonçons les effets délétères de cette politique financière depuis longtemps.

En premier lieu, elle obère la capacité d’investissement de l’entreprise, qui distribue son cash plutôt que de l’investir dans son développement : il conviendrait par exemple d’accélérer le déploiement de la fibre. On constate malheureusement que les investissements s’érodent, ne pesant que 9,5% du CA au premier semestre 2010, le plus bas histori-que de FT. Pour atteindre les 12% promis sur l’année sans dégrader les comptes, il faudrait engranger au second se-mestre 1 milliard d’euros de cash-flow opérationnel de plus qu’au premier. C’est peu réaliste !

Ensuite, elle freine le désendettement de l’entreprise. Observons au passage que les agences de notation envisagent de dégrader la note de Lafarge , leader mondial des produits de construction, pour la placer en catégorie « spéculative », ce qui lui rendrait difficile l’accès au crédit. Motif de la décision : l’entreprise a distribué trop de dividendes, ce qui a en partie annulé les effets de sa politique de désendettement. S’il est hasardeux de comparer des entreprises de secteurs d’activité différents, on peut néanmoins noter que le niveau d’endettement de France Télécom (30 milliards d’euros) est supérieur à celui de Lafarge, et que la dette coûte plus de 2 milliards d’euros par an à l’opérateur télécom . Et si France Télécom a amélioré son ratio d’endettement, l’application de l’accord avec Orascom Telecom le dégradera par rapport à décembre 2009.

Enfin, cette politique n’a aucun effet sur le cours de l’action, qui continue de se dégrader inexorablement. Mais si d’anciens dirigeants s’interrogent : « A se demander à quoi a servi la stratégie financière mise en œuvre par Didier Lom-bard et si l’argent distribué aux actionnaires n’aurait pas été mieux utilisé en interne », le sujet reste tabou lorsqu’on tient les rênes du Groupe.

Même en distribuant des dividendes élevés, on pourrait limiter les dégâts

Il est frappant de constater que France Télécom ne propose pas le paiement du dividende en titres, malgré les demandes de l’ADEAS en ce sens, ce qui permettrait pourtant de renforcer les fonds propres.

C’est sans compter sur le poids des premiers actionnaires de l’entreprise, qui ont besoin de cash : les dividendes de la participation de l’État contribuent à la réduction du déficit budgétaire , cruciale pour le gouvernement français.

L’investissement à l’étranger privilégié

Les déclarations de Stéphane Richard sont claires : 300 millions de clients en 2015, avant tout à l’étranger.

Compte tenu de la maturité du marché et des conditions règlementaires sur la fibre, le taux de rentabilité des investissements en France est trop bas. C’est pourquoi l’étranger et en particulier les pays émergents sont privilégiés. C’est dans ce cadre que se fait l’acquisition de 40% de Méditel.

Sans intervention volontariste de la part de l’État sur la fibre, notre entreprise n’a pas l’intention de faire de la France un marché prioritaire… si l’État continue à exiger des dividendes aussi élevés .

Schizophrène ? Vous avez dit schizophrène ?


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