Plus de 60 salariés de France Télécom (FT) se sont suicidés entre 2006 et 2010, selon les syndicats. Pourtant, dès 2006, médecins du travail et représentants du personnel tiraient la sonnette d’alarme. Il aura fallu la médiatisation de cette affaire en 2009 pour que la direction de l’entreprise suspende les plans de réorganisation NExT et ACT visant à pousser 22 000 salariés au départ et 10 000 à la mobilité.

Procès pénal

Au terme d’une enquête judiciaire de sept ans, le parquet a demandé en juin dernier le renvoi en correctionnelle de sept cadres dirigeants : le PDG Didier Lombard, son bras droit Louis-Pierre Wenes et le DRH du groupe Olivier Barberot sont poursuivis pour « harcèlement moral » ; leurs quatre principaux adjoints, pour « complicité ». Des réquisitions que le juge d’instruction devrait suivre, selon toute vraisemblance. Un procès pourrait donc avoir lieu d’ici à la fin 2017.

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Le 1er juin 2007, les syndicats Sud et CFE-CGC ont en effet lancé un observatoire du stress et des mobilités forcées. Les premiers résultats de l’enquête par questionnaire menée par cet observatoire sont édifiants. Sur 3 500 répondants, 15 % sont en situation de détresse et 80 % considèrent que leur emploi est menacé ou dégradé. Des proportions confirmées par le rapport du cabinet d’expertise Technologia publié en mai 2010. Mais les prévenus contestent la réalité de ces chiffres et le sérieux des enquêtes. Invité sur BFM Radio en novembre 2007, le DRH Olivier Barberot dénonce publiquement les résultats et prétend qu’une contre-enquête interne dit au contraire que le moral est au beau fixe. Quelques mois plus tôt, le CNHSCT avait interpellé la direction. « Le DRH qui présidait la réunion est parti en criant au scandale », raconte Patrick Ackermann.

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Carte blanche de Bercy ?

Les dirigeants ont-ils eu « carte blanche de Bercy » ?, s’interroge un ancien médecin du travail. « Leurs liens avec le ministère des Finances étaient très forts », rappelle François Dechamps, DRH et élu CFE-CGC. Notamment après que Thierry Breton, ancien PDG de France Télécom, était devenu ministre des Finances en 2005. Si ces questions ne constituent pas le cœur du dossier, elles ne manqueront pas d’être soulevées à l’audience. 

Quatre suicides entre août et septembre 2016

« Je vous présente le bon, la brute et le truand. » Lancé lors d’une réunion de cadres par Didier Lombard, alors PDG de France Télécom, ce trait d’humour a marqué la mémoire de François Dechamps, DRH chez l’opérateur depuis 1997 et élu CFE-CGC depuis 2009. Le PDG désignait ainsi le triumvirat qu’il formait avec Louis-Pierre Wenes, ex-numéro deux, et Olivier Barberot, le DRH groupe qui a imprimé sa marque sur le management de l’entreprise. Stéphane Richard « s’est refusé à faire le ménage quand il a pris la succession de Didier Lombard », regrette l’élu.

Sur les sept cadres de France Télécom cités dans le réquisitoire pour harcèlement moral et complicité, quatre ont bénéficié d’un reclassement dans des filiales du groupe. Olivier Barberot était à la tête de Globcast, une filiale de télévision d’Orange, avant de prendre sa retraite en 2015. Jacques Moulin dirige la filiale de consulting Sofrecom et Nathalie Boulanger-Depommier, Orange Startup Ecosystem. Quant à Brigitte Bravin-Dumont, elle est devenue directrice adjointe des RH groupe.

« De nombreux managers, formés à la brutalité, voient que le haut de la pyramide n’a pas bougé. Et on leur demande maintenant de faire de la qualité de vie au travail ? », ironise le DRH syndicaliste. Le management est « moins brutal », reconnaît son collègue Christian Pigeon, de Sud PTT, qui constate quand même « un grand empressement à sortir de l’entreprise à travers les temps partiels seniors ». Le groupe prévoit 22 000 départs « naturels » en trois ans… comme avec le plan NExT. Et quatre salariés, dont trois représentants du personnel, se sont suicidés entre août et septembre 2016.

Extrait de Santé & Travail via AlterEco+ – Clotilde de Gastines – 24/102016

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