« L’Europe des télécoms est malade« .

Ce diagnostic n’est pas anodin, il émane de Stéphane Richard, président directeur général du Groupe, s’exprimant en marge de l’assemblée générale de l’Electronic Business Group le 26 juin dernier.

Certes, l’Europe des télécoms n’est pas la seule souffrante. On pourrait citer celle du fiscalisme, ou encore celle du dialogue social. Sans parler de l’Europe de l’industrie, sans doute la plus atteinte de toutes…

Mais s’agissant de l’univers des télécommunications, quelques observations et constats interrogent: si l’on dénombre 4 opérateurs principaux aux Etats-Unis (9.6 millions de km2, 310 millions d’habitants) et 3 en Chine (9.6 millions de km2, 1.3 milliard d’habitants), ils sont plus d’une centaine à se partager, dans un contexte de concurrence exacerbée, les faveurs des consommateurs européens (10.4 millions de km2, 740 millions d’habitants). La consolidation du secteur devient incontournable, le nombre d’acteurs n’ayant pas vocation à dépasser celui que l’on observe sur des marchés américains ou asiatiques de taille comparable.

De fait, certains mouvements commencent à s’opérer ici et là: le géant mexicain America Movil vient de renforcer sa position en Autriche dans le capital de Telekom Austria, avec l’objectif d’en contrôler 23% d’ici la fin de l’année. Même opération sur KPN, l’opérateur historique aux Pays-Bas, avec un objectif de contrôle à 27.7%. Et que penser des grandes manoeuvres auxquelles se préparent les géants asiatiques des télécoms, au premier rang desquels China Telecom, du haut de ses plus de 200 millions de clients du fixe, 100 millions de clients mobiles et autant de clients internet haut-débit ? Avec une communauté chinoise de 3.8 millions de membres aux Etats-Unis, 1.3 million au Canada, 700 000 en France, 210 000 en Italie et 145 000 en Espagne, l’opérateur historique chinois affiche ses ambitions: développer une activité de MVNO sur les marchés anglais et français en 2012 et 2013. Puis en Allemagne, en Italie et en Espagne d’ici 2014. Et une fois dans la place…

Face à cette extrême fragmentation du marché en Europe, principalement due à vingt ans de régulation excessive, l’heure est à la consolidation. Tous s’accordent à peu près pour dire qu’elle interviendra dans un délai de 2 à 3 ans, mais que les mises en mouvement s’opèrent dès maintenant. Alors, France Telecom Orange et Deutsche Telekom, les éternels fiancés, un temps séparés, se rapprochent de nouveau, sous la forme d’un inventaire des zones de convergence… Mais jusqu’où ?

Car si les politiques français se disent séduits par l’idée d’une fusion (discussion entre le ministre du Redressement productif et Stéphane Richard le 4 juin dernier à Bercy, révélée par le JDD), René Obermann, le patron de Deutsche Telekom, se montre plus mesuré quant à la mise en oeuvre d’un tel projet (Bloomberg, 12 juin 2012). L’idée consiste, pour le moment, à avancer par petites touches, en consolidant certains pans d’activités sous la forme de joint-ventures (sociétés communes), telles que Everything Everywhere au Royaume-Uni (lire notre article du 13 janvier 2011) ou encore Buyin en Belgique (lire notre article du 21 avril 2011). D’autres domaines supplémentaires de convergence ont d’ores-et-déjà été identifiés (les réseaux en Pologne, le Cloud, les contenus, le Wifi public,etc.).

Ces grandes manoeuvres ne sont pas sans générer une certaine inquiétude auprès des salariés, notamment quant aux effets que de tels rapprochements auront sur l’emploi. Si la naissance d’Everything Everywhere a permis à Orange de reprendre, conjointement avec T-Mobile, la place de n°1 des mobiles au Royaume-Uni, elle a simultanément généré 1200 suppressions de postes, dont les modalités d’exécution se sont déroulées sans y associer les Comités d’Entreprise Européens des deux groupes partenaires !

Se montrant pro-actif dans ce domaine, le Comité de Groupe Européen de France Telecom Orange, réuni en séance plénière à Bruxelles le 20 juin 2012, a décidé d’adresser, par la voix de son Secrétaire, un courrier à Mme Waltraud LITZENBERGER, présidente du Comité d’Entreprise Européen de Deutsche Telekom, afin de solliciter une rencontre entre les deux instances représentatives des personnels et d’échanger autour de l’évolution du secteur des télécommunications en Europe en général, et à Deutsche Telekom et France Telecom Orange en particulier.

Télécharger le courrier du CGE de France Telecom Orange à Mme Waltraud LITZENBERGER


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