Le modèle traditionnel du travailleur masculin influence encore la prévention des risques professionnels, occultant les dangers spécifiques aux femmes. Les recherches de l’ANACT révèlent une baisse globale des accidents mais une augmentation chez les femmes, exposées à des risques souvent invisibles TMS, troubles psychiques liés à la nature de leurs emplois et souvent différés, échappant ainsi aux dispositifs de prévention existants. Selon un collège de 90 experts, plusieurs facteurs l’expliquent : un engagement face aux aléas parfois différent, des expériences individuelles influencées par des dimensions biologiques et sociales, ainsi que des inégalités persistantes dans l’accès à la reconnaissance professionnelle.

Prendre en compte ces spécificités suppose aussi d’interroger l’organisation du travail, dans la mesure où les marges de manœuvre des femmes peuvent être plus limitées. Car dans les faits, elles assument encore majoritairement une part importante des responsabilités domestiques et familiales — entretien du foyer, éducation des enfants, accompagnement de proches dépendants — constituant une forme de « deuxième journée ». Le télétravail, loin d’être une solution automatique, doit être pensé pour ne pas renforcer ces déséquilibres en faisant glisser responsabilités domestiques et professionnelles sur le même espace-temps.

Chez Orange, peu de données sont sexuées dans nos bilans SSCT, et nos DUERP n’intègrent toujours pas d’approche différenciée selon les sexes pourtant obligatoire depuis 2001 (article L.4121-3 du Code du travail). Aucune méthodologie n’est mise à disposition des préventeurs, alors qu’un référentiel interne permettrait de mieux cibler certains métiers et d’adresser des thématiques de santé au travail trop longtemps ignorées. L’usure professionnelle touche majoritairement les femmes, avec une surreprésentation qui compromet leur capacité à évoluer jusqu’à la retraite — et à en profiter sans déficit de capacités.

L’équité sociale ne se mesure pas qu’au travers du SGB moyen femme/homme. Un long chemin reste à parcourir pour lever les tabous : campagnes de sensibilisation sur les préjugés liés aux menstruations, annonce sereine d’une grossesse à son manager, vigilance systématique sur la dépression post-partum lors des visites de reprise, facilitation du télétravail à certaines étapes clés de la vie hormonale comme la ménopause. Notre encadrement étant encore majoritairement masculin, il est grand temps d’embarquer les hommes dans ces réflexions, les droits de tous ne pourront progresser qu’ensemble.

Avis de la CFE-CGC

Avec un vote positif, nous encourageons nos nouveaux décideurs à prioriser ces thématiques auprès de leurs CODIR respectifs. L’avancée majeure que représente l’intégration précise des risques psychosociaux dans le document unique standardisé attendue depuis 15 ans permettra enfin aux préventeurs de consacrer davantage de temps à questionner et animer les managers, notamment sur la thématique prioritaire de la régulation de la charge de travail.


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