“À la crise sociale, nous aurions ajouté la crise boursière ».

 C’est l’argument avancé par la Direction en juin 2010 pour justifier le montant extravagant des dividendes 2 versés aux actionnaires. Si le projet présenté par Stéphane Richard reste dans ce cadre contraint, on peut craindre qu’il ne soit pas à la hauteur des attentes du personnel. Pourra-t-il alors être l’expression d’un véritable changement de cap ? Rien n’est moins sûr, mais seul l’avenir nous le dira.

Pour rebondir, il faut une stratégie…

Depuis de nombreux mois, la CFE-CGC/UNSA préconise une stratégie articulée autour de trois axes :

  1. Investir dans l’accès : le déploiement de la fibre et de la 4G nécessite la reprise d’une politique offensive d’investissements. La réglementation et le dogme de la concurrence, et plus encore le niveau des dividendes semblent compromettre toute ambition dans ce domaine. Même les analystes financiers se demandent désormais ouvertement si France Télécom sera en mesure d’investir suffisamment.
  1. S’imposer « enfin » sur la médiation : France Télécom et Orange, comme la plupart des opérateurs de télécommunications, ont raté leur entrée dans le monde Internet. Moteurs de recherche, portails, réseaux sociaux, platesformes de services sont désormais lucratifs, et la publicité qu’ils génèrent représente le quart du chiffre d’affaire de l’accès. Mais c’est Apple et e-Bay qui donnent à celui qui a pourtant inventé le premier kiosque électronique, une magistrale leçon sur l’intermédiation financière. En parallèle, Google fort du cash accumulé (rappelons que Google n’a jamais versé de dividende), s’immisce de plus en plus loin sur le terrain des opérateurs de télécommunications.
  1.  Favoriser le développement du contenu sans pour autant devenir un producteur à part entière : nécessaire 1 Chez France Télécom, un syndicat dénonce un dividende supérieur aux bénéfices – Le Monde – 4/06/2010 – 2 France Télécom : un dividende à contresens – Les Échos – 17/06/2010 – neutralité du Net, et compétences à développer des contenus pertinents susceptibles de séduire les consommateurs doivent inciter France Télécom à investir dans des partenariats plutôt que dans la production directe de contenus. La tentation d’investir dans le Monde était une fausse bonne idée. Les salariés du quotidien, en particulier ceux du Monde Interactif – aucun n’a voté pour le projet Perdriel / Orange – ont transformé l’aventure en camouflet.

 … des équipes bien pilotées…

La première richesse du groupe France Télécom, ce sont les femmes et les hommes qui en ont fait un opérateur de premier plan. Légitimement, la question de l’emploi est donc au coeur des préoccupations de la Direction. Encore faut-il qu’elle soit correctement pilotée.

Outre les divisions fonctionnelles et filiales : ROSI, RSI, VMF, Innovation, SCE/OBS… les activités de production de notre entreprise s’organisent autour de 5 métiers. Trois sont ancrés dans la territorialité (Unités d’Intervention, Agences Distribution et Agences Entreprises). Les deux autres sont pilotés de manière centralisée par les Directions Métiers (Agences Ventes Service Client, et les Centres Client Orange et Renseignement associés aux Unités d’Assistance Technique)

 Dès lors, sur chaque zone géographique (sachant que les effectifs DT sont minoritaires), comment organise-t-on l’emploi pour permettre l’évolution de chacun, tout en organisant la réponse client au mieux des besoins du terrain ? Pour que les Directeurs Territoriaux puissent être les garants du contrat social, ils doivent être les vrais patrons de l’emploi dans chaque territoire.

 … et un vrai sens du collectif !

En se préoccupant de l’intérêt collectif, et non de leurs propres baronnies, les dirigeants de l’entreprise doivent retrouver le sens du business.

Marx expliquait que pour maximiser les profits, il fallait certes diminuer les charges mais surtout augmenter le chiffre d’affaires, et que l’investissement en constituait un facteur clef. Depuis 5 ans, la Direction a choisi d’emprunter à outrance la voie du capitalisme financier. L’échec est patent.

La CFE-CGC/UNSA défend ardemment le retour aux fondamentaux. C’est en investissant et en nous préoccupant vraiment des clients que nous génèrerons du CA, qui à son tour génèrera des bénéfices et des emplois. Bien évidemment, cette création d’emplois ne devra pas se faire au seul bénéfice de la sous-traitance et des délocalisations.

Faudra-t-il attendre que France Télécom se retrouve dans la situation de General Motors pour que l’entreprise regagne les moyens de développer une véritable stratégie ? Lorsque les dirigeants du constructeur automobile ont conduit leur entreprise à la faillite, les banquiers, tétanisés à l’idée de perdre leurs créances, ont demandé aux syndicats de prendre la majorité du capital et d’assurer le redressement de l’entreprise.

Si la CFE-CGC/UNSA se sent capable d’un tel engagement, elle ne saurait pré-coniser d’en arriver à une faillite forcé-ment destructrice pour retrouver une politique d’entreprise raisonnable. Les personnels sont prêts à se mobiliser pour de nouveaux challenges. Encore faut-il qu’ils soient crédibles et adossés aux ressources nécessaires à leur succès.

Conquêtes 2015

Parmi les éléments clefs du projet d’entreprise proposé par Stéphane Richard, on peut retenir :

10 000 embauches en France entre 2010 et 2012, dont 3 500 cette année. Comme le note le Journal des Finances, il ne s’agit que du remplacement des départs naturels. Ces embauches n’alourdiront pas la masse salariale de l’entreprise

 900 millions pour financier le nou-veau contrat social. L’enveloppe pa-raît réaliste, d’autant que l’entreprise prévoit des économies sur le TPS et les départs naturels.

Le point le plus crucial du plan, c’est l’évolution de la culture managé-riale. Elle prendra du temps. Les managers de proximité ont beaucoup souffert. Le conditionnement de ces dix dernières années ne s’effacera pas instantanément. Et le remplace-ment du top management n’est pas à l’ordre du jour.

Si la création d’Orange Campus semble une bonne initiative, elle devra s’accompagner d’une grande vigi-lance. Vigilance de la Direction, qui devra s’assurer que le message du changement est bien relayé dans toute la chaîne managériale. Vigilance des organisations syndicales, de leurs élus et mandatés dans les instances représentatives du personnel, pour recadrer les discours et les actes chaque fois que nécessaire.

Sur ce dernier point, vous pouvez compter sur les représentants de la CFE-CGC/UNSA.


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