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Franchement, vous aimeriez travailler dans un coupe-gorge, vous ?», nous lance un jeune homme au visage crispé, avant de se précipiter à l’intérieur. Il y a trois ans, lui et les 1 800 salariés du siège d’Orange Business Services, la filiale pro de l’opérateur téléphonique, ont quitté leurs locaux parisiens pour s’installer au-delà du périph, à La Plaine-Saint-Denis. De quoi économiser une petite dizaine de millions par an. Mais le personnel ne s’est pas vraiment acclimaté au «9-3». «Dès les premières semaines, il y a eu des vols de mobiles, des agressions, et certains d’entre nous ont assisté à l’enlèvement d’un dealer par une bande de jeunes !», se souvient Sébastien Crozier, directeur de l’innovation et élu CFE-CGC. Devant la panique, la direction s’est résolue à doubler les contrôles à l’entrée, à faire patrouiller des vigiles et à embaucher un maître-chien qui tourne toute la journée autour du bâtiment – pourtant situé à deux minutes de la gare. Coût de ce dispositif : 200 000 euros par an, selon les syndicats. Auxquels s’ajoutent les 30 000 euros payés par l’entreprise pour les trois médiateurs sociaux que la ville a plantés à la ­sortie du RER… «Ça finit par faire cher», râlent les syndicalistes.

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Second défi posé aux entreprises, la sécurisation des bâtiments et du personnel. Tous les groupes qui quittent le centre de Paris pour s’installer en banlieue y sont confrontés, mais la réponse n’est pas facile à trouver. L’angoisse des salariés masque souvent un autre malaise : celui d’être relégués dans des zones qu’ils jugent peu conformes à leur statut social. Planter des molosses devant les portes ou payer des taxis après 20 heures ne suffit donc pas toujours à rassurer le personnel. «Les salariés ont surtout besoin qu’on les écoute», résume Philippe Robert, sociologue spécialiste de ces questions au Cesdip. Orange Business Services, qui a fini par le comprendre, a récemment lancé une campagne de communication interne, avec mails récapitulant les précautions à prendre («évitez de porter des objets précieux», «méfiez-vous des deux-roues qui rasent les trottoirs»…) et réunions d’information régulières avec les policiers du coin. «En parler aide à relativiser», confie une informaticienne du groupe, jusque-là terrorisée par les «bandes de jeunes» qu’elle imaginait «rôder» dans le coin.

Extraits de Capital.fr – Marie Charrel – 08/04/2013


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