L’Assemblée Générale des actionnaires 2013 marquera vraisemblablement le changement de raison sociale de l’entreprise : la 7ème résolution proposée au vote des actionnaires prévoit de remplacer la dénomination  « France Télécom » par « Orange », effaçant définitivement le mot  » France » jusque dans les listings de cotations boursières et la liste des entreprises du CAC40.

Dans le même temps, il est question d’un nouveau désengagement de l’Etat : après avoir siphonné les capacités financières de l’opérateur en maintenant une folle exigence sur les dividendes, son premier actionnaire pourrait prochainement se séparer d’une nouvelle part de ses titres.

Cession de 5% du capital…

Le 6 mai dernier, dans le cadre d’un séminaire gouvernemental, le Président de la république a annoncé un projet de plan d’investissements sur dix ans, concernant « le numérique, la transition énergétique, la santé, les grandes infrastructures et, d’une manière générale, les nouvelles technologies« . La vente d’une partie des participations de l’État dans plusieurs grandes entreprises pourrait en constituer le financement… et France Télécom est dans la ligne de mire.

L’État français est toujours le premier actionnaire de France Télécom, avec près de 27% du capital, réparti entre l’Agence des Participations de l’État (APE) et le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI). Et si ses titres rapportent 278 millions de dividendes à l’État (hors FSI) au titre de l’exercice 2012, la cession de 5% du capital de l’entreprise pourrait lui permettre d’engranger près d’un milliard d’euros.

… voire désengagement total de l’État ?

Valérie Pécresse (ancienne ministre du Budget de Nicolas Sarkozy, députée des Yvelines et membre de la Commission des finances) va beaucoup plus loin : dans le cadre de son groupe de réflexion « Le labo des idées », elle propose que l’État vende l’intégralité de sa participation dans France Télécom « pour fibrer la France en 5 ans ». Les 5,5 milliards d’euros ainsi récoltés permettraient selon elle de couvrir le quart des 20 milliards d’euros prévus par François Hollande pour financer la couverture de 100% de la population en fibre optique sous 10 ans.

Capitalisation boursière en chute libre

Si on s’en tient aux règles de l’optimisation financière cependant, ce n’est pas le moment de vendre : le titre France Télécom a perdu 65% de sa valeur en 5 ans, dont 30% en 2012.

L’État porte une lourde responsabilité dans cette chute vertigineuse. Sous la précédente mandature, la régulation désastreuse du marché des télécommunications, focalisée sur la concurrence, s’est soldée par une baisse massive et brutale des tarifs et des marges suite à l’introduction début 2012 du 4ème opérateur mobile.

camembert

28 milliards d’euros de dividendes en 10 ans

En parallèle, le versement de dividendes démentiels, soit disant destinés à fidéliser les actionnaires et à soutenir le cours de l’action, a eu exactement l’effet inverse. En ôtant à l’opérateur les capacités financières dont il avait besoin pour continuer de se désendetter et d’investir dans les réseaux de nouvelle génération, il a fait de France Télécom une valeur durablement baissière.

En 10 ans, France Télécom a versé près de 28 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Plus que sa valorisation actuelle, 22 milliards d’euros… et presque autant que sa dette, de 31 milliards d’euros (document de référence 2012, p. 335).

Sur les 4 dernières années, le total des dividendes versés, incluant ceux versés aux minoritaires, est supérieur au résultat net consolidé de l’entreprise,

Et là, même le nouveau gouvernement est fautif : en 2012, il aurait pu voter le dividende à 1 euro par action proposé par les personnels actionnaires, et marquer ainsi un changement de cap…. Mais il n’en a rien fait, privilégiant l’alimentation du budget de l’État à la préservation des capacités d’investissement et de désendettement de France Télécom préconisée par des personnels plus raisonnables et clairvoyants que leur actionnaire principal.

L’État est puni …

Lors de sa création, en 2009, le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI) a été doté de 20 milliards d’euros, dont 14 milliards en titres de participations et 6 milliards en liquidités. Valorisée à 6,37 milliards d’euros, la participation dans France Télécom représentait 45,5 % de la valeur des apports. La valeur d’incorporation de l’action France Télécom a été dépréciée le 31 décembre 2012, passant de 16 à 9,20 euros. La provision pour dépréciation, de près de 2,5 milliards d’euros, impacte la toute nouvelle Banque Publique d’Investissement (BPI), mais son Directeur Général, Nicolas Dufourcq (ex Wanadoo) a déclaré en avril 2013 « S’agissant des cessions, le FSI s’est allégé en 2013 dans des participations cotées dont il a hérité à sa création en 2009, mais il n’a pas encore vocation à céder les lignes acquises depuis cette date. Il n’y a que la ligne France Télécom qui ne bougera pas. »

…mais la pérennité de l’entreprise est en jeu

Si le propos rassure face aux propositions de désengagement total de l’État, il n’en reste pas moins que les marges de manœuvre de l’entreprise sont très amoindries, au moment même où elle devrait déployer le très haut débit fixe et mobile pour tenter de restaurer tant soit peu ses marges…

en 10 ans



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