editorial la capitulation de bruxelles face a washington chronique dun renoncement europeen a sa souverainement numerique sebastien crozier cfe cgc orange septembre 2025 copy

La capitulation de Bruxelles face à Washington : chronique d’un renoncement européen.

L’histoire retiendra peut-être la date du 27 juillet 2025 comme celle où l’Europe a cessé de croire à sa souveraineté numérique. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a décidé seule — ou presque — d’abandonner le principe du « fair share ». Ce mécanisme, censé faire contribuer les géants américains du numérique au financement des réseaux télécoms, a été sacrifié sur l’autel d’un pseudo-accord commercial transatlantique.

Le récit officiel parlera de “réalisme” et d’“équilibre trouvé avec Washington”. La réalité est tout autre : il s’agit d’une capitulation.

En cédant aux pressions de Donald Trump, Ursula von der Leyen a renoncé à défendre les opérateurs télécoms européens, déjà étranglés par la nécessité d’investir massivement dans la fibre et la 5G tout en voyant leurs marges s’effriter. Résultat : Orange, Telefónica, Deutsche Telekom… se retrouvent condamnés à financer seuls l’infrastructure qui permet aux Netflix, Google ou Amazon de prospérer sur nos marchés. Les géants américains récoltent les profits, les Européens supportent la facture. 

Le plus frappant n’est pas tant la défaite en soi que l’absence de réaction. Où sont passés les gouvernants des États membres favorables au « fair share » ? Où sont les régulateurs, les dirigeants des opérateurs*, les associations d’usagers ? Ce silence assourdissant interpelle : soit les dirigeants des opérateurs se sont résignés, soit Bruxelles a su anesthésier la contestation par la promesse d’un futur débat, via une “réforme télécoms” repoussée à décembre. Une diversion.

Le discours sur la neutralité du Net, brandi depuis des années, comme argument contre le « fair share », masque mal la vérité : il ne s’agit pas de garantir un Internet “égalitaire”, mais bien depuis toujours de préserver les marges des GAFAM. Quand Washington dénonce une “taxe ciblée”, Bruxelles obtempère. Voilà l’“Europe puissance” qu’on nous vend depuis vingt ans : une Europe qui recule dès que l’ « allié » américain hausse le ton.

Ce qui choque enfin, c’est le cynisme du troc : quelques points de droits de douane en moins, contre l’abandon d’une bataille stratégique pour l’avenir numérique et l’avenir tout court de notre continent. Ursula von der Leyen a bradé la souveraineté économique européenne contre un plafonnement à 15 % de tarifs douaniers. Elle a transformé les infrastructures télécoms — colonne vertébrale de notre économie digitale — en simple monnaie d’échange commercial.

Dans un monde où la connectivité devient une ressource essentielle, ce choix fragilise l’Europe. Il creuse notre dépendance technologique, condamne nos opérateurs à rogner sur l’innovation et prépare demain des hausses tarifaires pour les consommateurs.

Les télécoms européens ont perdu une bataille. Mais ce qui s’est joué ici dépasse largement leur sort : c’est la crédibilité de l’Union, censée protéger ses intérêts stratégiques, qui s’effrite encore une fois. L’histoire jugera Ursula von der Leyen non pas comme la gardienne de l’intérêt général européen, mais comme celle qui, face à Trump, a préféré lever l’étendard de la déroute numérique.


Articles complémentaires

  1. Amazon Leo : la justice française rejette le recours contre le service de connexion à Internet par satellite – La Tribune Le Conseil d’État n’a pas suivi le syndicat CFE-CGC qui contestait l’autorisation d’émettre en France accordée au géant américain. Le service pourra donc être lancé d’ici la fin de l’année dans notre pays. […]La CFE-CGC avait déposé un recours au mois de novembre 2025, requérant l’annulation de la décision de l’Arcep « pour défaut de mise en […]
  2. Avec le rachat de SFR, la crainte d’une « casse sociale » dans les télécoms – AFP Chez SFR, le climat est à la préoccupation: les syndicats de l’opérateur, bientôt vendu à ses trois concurrents français, s’inquiètent du sort des salariés, et l’ensemble du secteur des télécoms redoute des suppressions d’emplois après la cession. […]« Il y aura à terme une casse sociale monstrueuse », déclare Abdelkader Choukrane, élu au CSE et secrétaire général […]
  3. Sous-traitance chez Orange : l’heure des comptes !! Il aura suffi d’une liquidation judiciaire pour que le château de cartes s’écroule. Quand Solution 30 a quitté brutalement le territoire du Var et des Alpes-Maritimes, Orange a découvert – ou fait semblant de découvrir – ce que nous disions depuis des années : confier l’essentiel des interventions techniques à un prestataire unique, sans filet […]
  4. Revue de presse de juin 2026 La revue de presse est à votre disposition. Au sommaire :   Infrastructure, géopolitique du numérique, stratégie, Marseille, réorganisations, QVCT, IA, SFR. Pour la consulter : revue de presse de juin. Pour vous abonner gratuitement : s’abonner Vous pouvez lire les articles au fil de leur publication en rubrique Revue de presse, mais aussi en nous […]
  5. La dernière chance pour le rachat de SFR ? Les opérateurs s’accordent un délai exceptionnel de 48 heures – Clubic Orange, Free et Bouygues Telecom se donnent 48 heures pour finaliser le rachat de SFR à 20,35 milliards d’euros. L’exclusivitédes négociations était accordée par Altice aux opérateurs jusqu’à ce vendredi soir. […] Cela fait huit mois désormais que le feuilleton du rachat de SFR tient le monde des télécoms, et les Français qui s’en intéressent, […]

À la Une

Merci : Rejet à 63,31% de l’accord QVCT par référendum

  • CFE-CGC Orange

La CFE-CGC se félicite du désaveu cinglant infligé à la Direction et à la CFDT par les personnels d’Orange. La Direction a proposé un accord QVCT (Qualité de Vie et Conditions de Travail) de 70 pages, inconsistant. La quantité ne se substituant jamais à la qualité. Ironie suprême, même l’IA interne « Dinootoo » l’analyse comme de […]