La Direction de France Télécom vient de décider l’attribution, sous conditions, de 200 millions d’euros d’actions gratuites au personnel.
On s’ est tout d’abord réjouit… puis malgré tout étonné d’une telle libéralité à l’issue d’une longue négociation obligatoire sur les salaires où la direction, droite dans ses bottes, s’est refusée à lâcher le moindre « pélot », refusant mordicus, par exemple, le principe d’une minime augmentation collective pour les cadres, réclamée pourtant par l’ensemble des syndicats.

Rappelons que le budget âprement disputé pendant ces trois mois n’a jamais excédé 45 M € contre 200 aujourd’hui.

Si l’on n’a pu que se féliciter de l’octroi d’une rétribution de cette importance pour les salariés du groupe, il nous est hélas rapidement apparu qu’à l’heure des 22 000 suppressions d’emploi, cette opération « Noël en Avril » avait pour objectif de dissimuler une autre opération d’une ampleur bien supérieure et qui a pour nom de code « stocks options ». Du coup, ces 200 millions ont été comparés par les plus mauvais esprits d’entre nous, aux bonbons que certains vieux messieurs distribuent à la sortie des écoles.

Jusqu’au processus technique choisi en effet, les interrogations ne manquent pas :

  1. Pourquoi l’entreprise a-t-elle décidé d’acheter 200 M € d’actions sur le marché, alors qu’elle avait la possibilité de les créer? Est-ce pour faire monter artificiellement le cours de bourse et améliorer l’image de ses dirigeants dans le microcosme de la finance mondialisée ? Voilà 200 millions idiotement dépensés alors que notre endettement culmine toujours à près de 45 milliards d’euros.
  2. A l’image de l’intéressement, ces 200 millions sont subordonnés à l’obtention de critères financiers. La Direction multiplie les outils de rétribution indexés sur les résultats financiers et fait supporter aux salariés le prix de leur atteinte. Accepter les 22 000 suppressions d’emblée et celles qui suivront : les survivants gagneront le magot. Et si les résultats ne sont pas au rendez-vous, les salariés serviront encore une fois de variable d’ajustement.
  3. Pourquoi les 1 200 personnels classés G bénéficient-ils d’un programme de distribution de stocks options sans condition, dans des proportions plus importantes que le précédent et à un tarif bien plus attractif que précédemment (20 euros au lieu de 23) ?
  4. La date même pose question. A une semaine d’un premier tour d’élections présidentielles étonnamment disputé, la direction ne veut visiblement courir aucun risque. C’est simple. A quelques jours du changement de Président de la République, de Premier Ministre, du ministre de l’Économie, la direction, avec la complicité de quelques obscurs serviteurs de l’État, notre premier actionnaire et employeur, distribue une grosse pincée à quelques intrigants : c’est en effet la plus grande opération de distribution de stocks options de l’histoire financière de notre pays.

Est-ce la plus digne ? On s’interroge.

Les élus CFE-CGC dénonceront cette étonnante distribution de douceurs (« un tout petit, petit peu pour vous, énormément pour moi ») dans une entreprise actuellement secouée par la plus grande restructuration de son histoire.
Mais peut-être nos dirigeants s’apprêtent-ils à quitter le navire ?


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